Dispositifs d’action sociale institutionnelle

Les mesures politiques liées à l’action sociale visent généralement à préserver la « cohésion sociale », c’est-à-dire à réguler les conflits sociaux. Destinées aux « exclus », aux « plus défavorisés », aux « plus fragiles », etc. elles sont sujettes à révision à chaque fois qu’une nouvelle catégorie de marginaux – c’est-à-dire de sujets potentiellement réinsérables – apparaît. Généralement, ces révisions s’inscrivent dans le cadre d’une mutation des paradigmes politiques, mais également dans des mécanismes de rétroaction : parce que ces mesures produisent leurs effets, de nouvelles catégorisations émergent. Ainsi, l’évaluation continue de l’activité des travailleurs en recherche d’emploi aboutit en l’adaptation constante des normes permettant d’évaluer cette activité.

Le réseau que l’on peut tracer entre discours politiques relatifs à l’action sociale, mesures concrètes, institutions chargées de cette action, etc. constitue un dispositif au sens foucaldien du terme. Ce dispositif est en effet caractérisé par un dépassement progressif de l’intention politique initiale, par un perpétuel « remplissage stratégique ».

Comment les institutions constitutives de ce dispositif déclinent-elles un « programme » adapté à chaque individu avec lequel elles interagissent et visant à remplir leur mission générale ? Comment des institutions qui, a priori, n’ont pas pour mission principale le maintien de la cohésion sociale, développent-elles des dispositifs spécifiques et/ou s’inscrivent-elles dans le dispositif d’action sociale ?

Performativité des dispositifs

La performativité est une caractéristique intrinsèque des dispositifs : l’énoncé réalise l’action. La dimension performative des dispositifs est typiquement décelable dans les catégorisations qui sont opérées : délinquants, exclus, marginaux, chômeurs, personnes âgées, sont autant de qualificatifs qui créent la catégorie qu’ils recouvrent. Comment les individus amenés à interagir avec les dispositifs – comme par exemple le dispositif d’action sociale – s’inscrivent-ils dans cette catégorisation auto-réalisante ?

La mission des dispositifs est amenée à évoluer par rapport à l’intention initiale (du législateur, du décideur, du comité d’experts). La performativité des dispositifs joue à ce niveau un rôle crucial puisqu’elle implique une recréation continue de la « réalité » sur laquelle les dispositifs agissent. Comment les agents chargés de mettre en œuvre des missions institutionnelles s’adaptent-ils aux mutations du dispositif ? Appréhendent-ils ces mutations et, le cas échéant, envisagent-ils leur rôle dans le mécanisme de rétroaction à la base de ces mutations ?

Gouvernance des organisations et discours managérial

Dans ses recherches, Pie Ndengutse s’intéresse à certains aspects du pouvoir, à ses manifestations et à son institutionnalisation par le discours, essentiellement managérial, sur la gouvernance des organisations. Parler de gouvernance renvoie pour lui à considérer notamment plusieurs parties prenantes et leur pouvoir. Dans ces conditions, l’organisation se retrouve comme un acteur parmi tant d’autres&nbps;; elle perd la centralité de certaines initiatives et décisions. Comment alors l’organisation parvient-elle à gérer cette situation où il ne centralise plus toutes les initiatives et décisions ? Comment arrive-t-elle à canaliser ses efforts et ses rapports avec une multitude d’acteurs devenus incontournables dans le contexte de la gouvernance vers la réalisation effective de ses objectifs ?

La problématique pour le chercheur devient ainsi à comprendre comment certaines organisations, institutions comme l’Etat par exemple et entreprises, arrivent à gérer leur pouvoir « discuté », « négocié », qui a tendance à s’institutionnaliser par le discours dans le contexte de la gouvernance. Quelles en sont alors les perceptions chez les différents acteurs, chez les futurs acteurs comme les étudiants ?